Quand un groupe ou un fonds étudie une entreprise de paysage, la première ligne qu’il regarde est la part de l’entretien sous contrat dans le chiffre d’affaires. Pour bien vendre en 2026, il faut donc partir d’un EBITDA retraité, montrer ce qui est récurrent et prouver que l’entreprise tient sans son dirigeant, avec des équipes stables, des marchés publics et privés transférables et un parc matériel en bon état. Le marché est porteur et plusieurs groupes consolident le secteur. Ils restent pourtant sélectifs. À notre avis, une préparation engagée tôt et un processus confidentiel mené auprès de plusieurs repreneurs restent la meilleure façon d’obtenir un bon prix.
Article mis à jour en 2026.
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Un secteur qui grandit mais reste très éclaté
D’après les derniers chiffres publiés par l’Unep – Les Entreprises du Paysage (édition 2024, parue en novembre 2025), la profession rassemble 33 550 entreprises pour 8,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires.
C’est un tissu de très petites structures. Au total, 92 % des entreprises emploient moins de dix personnes, et les 15 % qui comptent six salariés ou plus réalisent à elles seules plus des trois quarts du chiffre d’affaires. Une entreprise paysagiste de plusieurs millions d’euros de chiffre d’affaires reste donc une exception. C’est précisément ce que cherchent les consolidateurs.
| Indicateur (2024, source Unep) | Valeur |
|---|---|
| Clientèle de particuliers | 49 % du chiffre d’affaires |
| Clientèle d’entreprises privées | 25,5 % |
| Marchés publics | 24,5 % |
| Création et aménagement | 56 % |
| Entretien | 41,5 % |
| Investissements réalisés | 640 millions d’euros, soit 7,5 % du chiffre d’affaires |
La conjoncture tient. Le baromètre Unep, Val’hor et Agrica publié en février 2026 fait état d’une croissance de 4,5 % au second semestre 2025, tirée par l’entretien (+8 %) bien plus que par la création (+2 %). La clientèle privée progresse, alors que les marchés publics reculent de 3 %. Pour le premier semestre 2026, les professionnels anticipaient une hausse de 2 %.
Quelques tendances de fond pèsent sur l’activité, et un acquéreur sérieux les aura en tête en lisant vos comptes.
Le changement climatique fait naître des projets de renaturation, de désimperméabilisation ou de gestion de l’eau. Ces chantiers dépendent largement des budgets publics, avec un Fonds vert doté de 837 millions d’euros en 2026.
Le zéro phyto a changé la façon de travailler. Depuis 2017, la loi Labbé interdit aux personnes publiques d’utiliser des produits phytosanitaires de synthèse sur les espaces verts, les promenades et les voiries. Depuis le 1er juillet 2022, l’interdiction s’étend à de nombreux lieux privés à usage collectif, comme les copropriétés, les lieux de travail ou les cimetières, avec des exceptions. En gestion différenciée, l’entretien mobilise davantage de main-d’oeuvre.
Chez les particuliers, la fiscalité compte. Les petits travaux de jardinage ouvrent droit à un crédit d’impôt de 50 %, dans la limite de 5 000 euros de dépenses par an. Des amendements visant à réduire ce plafond ont été écartés pour 2026, mais le sujet pourrait revenir. Si votre clientèle est surtout composée de particuliers, attendez-vous à ce que la question soit posée.
Et puis il y a le recrutement. En 2024, 54 % des entreprises déclaraient des difficultés à embaucher en CDI. Les chefs d’équipe qualifiés, en particulier, restent rares.
L’Unep estime enfin que 8 050 entreprises du paysage seront à transmettre dans les dix ans. Les vendeurs ne vont pas manquer. Les dossiers bien préparés sortiront du lot.
Qui achète aujourd’hui ?
Les spécialistes adossés à des fonds
idverde, détenu par Core Equity Holdings depuis 2018, a réalisé depuis une trentaine d’acquisitions. En France, le groupe a notamment repris SB Paysage en 2024, une entreprise du Pays basque d’une trentaine de salariés dont les fondateurs continuent de l’accompagner. Il n’a pas levé le pied et s’est encore implanté en Espagne au printemps 2026.
L’autre consolidateur très actif est le Groupe Cap Vert, qui affichait 180 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025 selon CFNEWS et a mené 18 acquisitions en cinq ans. Son dernier changement d’actionnaire mérite qu’on s’y arrête. En juin 2026, Gimv a signé pour succéder à Ambienta, et CFNEWS indique qu’une centaine de managers réinvestissent dans l’opération. Un fonds qui associe aussi largement l’encadrement au capital, c’est un signal pour un dirigeant qui se demande s’il pourra garder un pied dans l’aventure après avoir vendu.
Ses rachats récents sont tout aussi instructifs. En décembre 2025, le groupe a repris quatre sociétés d’un coup. Il y avait Joigneaux Paysagiste, près de Toulouse, mais aussi deux entreprises d’élagage et de débroussaillage qui travaillent le long des réseaux, le groupe TGBL aux abords des voies ferrées et les Ets Julien, en Normandie, sur les infrastructures linéaires. Cap Vert en a fait un pôle à part entière, consacré à la maîtrise de la végétation aux abords des infrastructures. Sont venues ensuite en mars 2026 les sociétés Raynal, implantées dans le Morbihan et à Saint-Nazaire, dont le dirigeant reste aux commandes, et SEKA Travaux, dans les Yvelines. Le dirigeant de SEKA Travaux a d’ailleurs pris en plus la direction des Ets Julien. En juin, la filiale N2B Arrosage a racheté IDéO Arrosage dans le Sud-Ouest.
Ce que nous en retenons, c’est que ces groupes ne cherchent pas seulement des paysagistes généralistes. Un savoir-faire pointu, comme l’élagage de réseaux ou l’arrosage, intéresse autant qu’une grosse part d’entretien. Et le dirigeant cédant est souvent invité à rester, parfois avec un périmètre plus large qu’avant la vente.
Les filiales paysage des majors du BTP
Spie batignolles paysage (85 millions d’euros de chiffre d’affaires) avance par petites touches régionales. Après Solev à Carpentras en 2024 puis Les Jardins d’Alizée à Montauban en 2025, la filiale a repris en avril 2026 ID Jardins, une entreprise haut-savoyarde d’une quinzaine de salariés. De son côté, NGE Paysages a racheté en juin 2026 Clarac Espaces Verts, à Pamiers, qui emploie 35 salariés. Ces groupes regardent en priorité des PME régionales bien implantées, capables de leur ouvrir un territoire. Une petite structure peut les intéresser si elle leur donne accès à une zone où ils sont absents.
Et au-delà des groupes
Les entreprises régionales du paysage rachètent aussi, pour densifier leur territoire. Les acteurs de métiers connexes (élagage, infrastructures, propreté) raisonnent en récurrence, avec une logique proche de la vente d’une entreprise de nettoyage. Quant aux fonds small cap et aux repreneurs personnes physiques, ils privilégient les entreprises dotées d’un encadrement intermédiaire.
Quel que soit le profil, deux questions reviennent dans chaque dossier. Quelle part du chiffre d’affaires se renouvelle d’elle-même ? Et que devient l’entreprise si le dirigeant n’est plus là ?
Quel prix espérer ?
Aucun barème ne s’applique spécifiquement au paysage. Une entreprise paysagiste se valorise avec les méthodes classiques, que nous détaillons sur notre page valorisation. La plus utilisée consiste à appliquer un multiple à un EBITDA retraité et normatif, c’est-à-dire corrigé de la rémunération du dirigeant, des loyers intragroupe, des éléments exceptionnels et du coût réel du matériel en crédit-bail. Quand de gros investissements matériels sont à prévoir, les flux de trésorerie actualisés sont plus parlants. L’approche patrimoniale, elle, sert de plancher.
Pour situer les ordres de grandeur, l’Argos Index place le multiple médian des transactions européennes du mid-market à 8,8 fois l’EBITDA au premier semestre 2026, avec un écart marqué entre fonds (10,2 fois) et acquéreurs industriels (7,9 fois). CFNEWS estime par ailleurs la valorisation du Groupe Cap Vert à environ 9 fois l’EBITDA. Prudence, toutefois. Ces références portent sur des entreprises bien plus grandes et ne se transposent pas à une PME du paysage. Arriver en négociation avec ces chiffres en tête est tentant, et c’est rarement une bonne base de discussion. Sur les indicateurs que regardent les acheteurs, voir aussi notre article sur les agrégats financiers à suivre lors de la cession.
Ce qui fait réellement bouger le multiple, ce sont les caractéristiques de votre propre entreprise.
| Facteur | Impact sur la valeur |
|---|---|
| Part élevée de contrats d’entretien pluriannuels | Positif, grâce à la visibilité et au chiffre d’affaires récurrent |
| Forte dépendance aux chantiers de création ou à la promotion immobilière | Négatif, car l’activité est cyclique et le carnet toujours à renouveler |
| Client ou donneur d’ordre représentant plus d’un quart du chiffre d’affaires | Négatif (risque de concentration, souvent traité par un complément de prix) |
| Marchés publics arrivant à échéance à court terme | Négatif (risque de non-renouvellement) |
| Encadrement intermédiaire autonome (conducteurs de travaux, chefs d’équipe) | Positif, la dépendance au dirigeant est faible |
| Qualifications QualiPaysage et références reconnues | Positif, pour l’accès aux appels d’offres |
| Parc matériel ancien ou sous-investissement | Négatif, les investissements à prévoir seront déduits du prix |
Un exemple, volontairement fictif. Prenons une entreprise hypothétique qui réalise 10 millions d’euros de chiffre d’affaires, dont 60 % en entretien, et un EBITDA de 950 000 euros. Après retraitements (rémunération du dirigeant et loyer de sa SCI alignés sur le marché), l’EBITDA retombe à 900 000 euros. Avec un multiple de 6 fois, retenu pour les seuls besoins du calcul, la valeur d’entreprise atteint 5,4 millions d’euros. On ajoute 1,2 million d’euros de trésorerie, on retranche 700 000 euros de dettes financières, crédit-bail compris, et le prix des titres ressort à 5,9 millions d’euros, avant ajustement du BFR. Ce multiple est une hypothèse de calcul, pas une référence de marché.
Ce qu’un repreneur de paysagiste regarde de près
La part de l’entretien
L’acquéreur sépare les contrats d’entretien pluriannuels des chantiers de création, qu’il faut regagner chaque année. Présentez-lui le chiffre d’affaires et la marge par activité, par type de client et par durée résiduelle des contrats. En pratique, c’est souvent le premier tableau qu’il demande.
Les marchés publics
En cession de titres, la société titulaire des marchés ne change pas. Les marchés se poursuivent donc, sous réserve des clauses éventuelles. En cession de fonds, il faut en revanche un avenant de transfert. L’article R. 2194-6 du Code de la commande publique l’autorise lorsque le marché est cédé à la suite d’une restructuration du titulaire, si le nouveau titulaire remplit les critères de sélection initiaux et si l’opération n’entraîne pas d’autre modification substantielle. Recensez toutes les échéances à 24 mois. Un marché qui tombe en pleine négociation donne un argument de plus à l’acheteur.
Les qualifications
Souvent demandées en appel d’offres, les qualifications QualiPaysage sont délivrées pour quatre ans par cet organisme paritaire de la filière, avec un suivi annuel. Vérifiez qu’elles sont à jour. Si vous envisagez une cession de fonds, renseignez-vous aussi sur leurs conditions de reprise.
Les équipes et la convention collective
Les salariés relèvent de la MSA et de la convention collective nationale des entreprises du paysage du 10 octobre 2008 (IDCC 7018), applicable aux entreprises dont l’activité principale relève du code NAF 81.30Z. L’avenant n° 46 a revalorisé les minima de 1 % au 1er janvier 2026. Turnover, apprentis, heures supplémentaires, chefs d’équipe dont le départ poserait problème, l’acquéreur passera tout en revue.
La loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 a allégé l’information des salariés. Pour les cessions conclues à compter du 27 juillet 2026, les entreprises de moins de 50 salariés doivent les informer au plus tard un mois avant la cession, contre deux mois auparavant. À partir de 50 salariés, celles qui disposent d’un CSE procèdent à son information-consultation. Nous revenons sur la manière de s’y prendre dans notre article sur l’annonce de la cession aux salariés.
Le matériel et les véhicules
Faites l’inventaire des tondeuses, broyeurs, mini-pelles et utilitaires, avec pour chacun son âge, son mode de financement (propriété, crédit-bail, location) et le plan de renouvellement, électrification du petit matériel comprise. Un parc qui a vieilli finit presque toujours par se retrouver dans la négociation du prix.
La saisonnalité
L’activité culmine au printemps et en été, et le BFR varie fortement au fil de l’année. Le choix de la date de référence et la définition d’un BFR normatif ont un effet direct sur le prix. Le sujet paraît technique. C’est pourtant souvent là que la négociation se tend.
Dix chantiers à ouvrir avant la mise en vente
- Faire établir une valorisation indépendante à partir d’un EBITDA retraité sur trois exercices.
- Ventiler le chiffre d’affaires par activité (entretien, création, élagage), par type de client et par durée résiduelle des contrats.
- Recenser les marchés publics, avec leurs dates d’échéance, leurs reconductions et leurs clauses de changement de contrôle ou de cession.
- Réduire la dépendance à un client ou à un donneur d’ordre dominant.
- Structurer l’encadrement, et déléguer la relation commerciale comme le chiffrage.
- Mettre à jour les qualifications, attestations et références chantiers.
- Inventorier le parc matériel et les contrats de financement.
- Régler les points sociaux en suspens (classifications, heures supplémentaires, litiges).
- Anticiper la fiscalité et le sort de l’immobilier.
- Préparer l’information des salariés prévue par la loi n° 2026-403.
Pour la conduite du processus lui-même, voir notre méthode pour vendre son entreprise en 5 étapes.
Ce qui fait perdre de la valeur, ou échouer la vente
- Vendre sur la base d’une bonne année. Un exercice exceptionnel en création ne sera pas retenu comme normatif.
- Laisser vieillir le matériel dans les années qui précèdent la cession, alors que l’acquéreur déduira du prix les investissements différés.
- Perdre de vue les échéances des marchés publics. Un marché important perdu pendant la négociation peut remettre le prix en cause.
- Rester l’unique interlocuteur des clients et des collectivités.
- Ne consulter qu’un seul acheteur. Sans mise en concurrence, le vendeur perd la plus grande part de son pouvoir de négociation, et nous le déconseillons.
- Sous-estimer le BFR saisonnier dans le mécanisme de prix.
- Laisser l’information circuler auprès des équipes ou des concurrents avant d’avoir sécurisé le processus.
Les questions que nous posent les paysagistes
Combien vaut mon entreprise de paysage ?
Tout part de l’EBITDA retraité et du multiple que les acquéreurs sont prêts à appliquer. Ce multiple dépend de la taille, de la marge, de la part d’entretien récurrent, de la diversité des clients et de l’autonomie des équipes. Les références de marché publiées concernent surtout des entreprises plus grandes. Seule une valorisation individuelle permet d’obtenir une fourchette crédible.
Où trouver une entreprise de paysage à vendre, ou un repreneur pour la mienne ?
Côté repreneur, les dossiers circulent via les conseils en cession, les experts-comptables, les réseaux de la filière et les plateformes d’annonces. Les meilleurs sont pourtant souvent présentés confidentiellement à quelques acquéreurs seulement. Côté vendeur, une annonce ouverte expose à des fuites auprès des salariés et des clients. Mieux vaut une approche ciblée des groupes, des entreprises régionales ou des fonds.
Vaut-il mieux vendre les titres ou le fonds de commerce ?
Pour la reprise d’une entreprise paysagiste, la cession des titres est la plus courante, car contrats, marchés et qualifications restent dans la société. Céder le fonds oblige à transférer les contrats, y compris les marchés publics par avenant.
Combien d’impôts vais-je payer en vendant mon entreprise d’espaces verts ?
La plus-value dépend du régime du cédant. Des dispositifs existent, notamment en cas de départ à la retraite ou d’apport des titres à une holding. Nous les passons en revue dans notre article sur la fiscalité de la vente d’une entreprise.
Le repreneur va-t-il me demander de rester après la vente ?
Lors du rachat d’une entreprise d’espaces verts, une période d’accompagnement est souvent négociée, parfois liée à un complément de prix. Plus l’encadrement est autonome, plus elle peut être courte.
Sources : Unep, chiffres clés 2024 (novembre 2025) et baromètre Unep, Val’hor, Agrica (février 2026) ; INSEE, NAF 81.30Z ; Service-public.gouv.fr (crédit d’impôt, avril 2026) ; Ecophyto Pro (loi Labbé) ; ministère de la Transition écologique (Fonds vert) ; Code de la commande publique, art. R. 2194-6 ; Unep (IDCC 7018) ; Val’hor (QualiPaysage) ; Fidal (loi n° 2026-403) ; In Extenso Finance, Auris Finance, communiqués du Groupe Cap Vert, CFNEWS, Lyon Entreprises, Batiweb et La Gazette du Midi (opérations citées, Argos Index).
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